INTERDIRE L'AMIANTE POUR LE FUTUR
( UNE DÉCISION JUSTIFIÉE)
La décision d'interdire l'amiante, annoncée le 3 juillet 1996, à la suite de la publication du rapport de l'expertise collective de l'INSERM, et effective depuis le 1er janvier 1997, était devenue nécessaire.
C'est l'un des premiers dossiers de santé publique impliquant l'ensemble de la population qui fait l'objet d'une décision politique aussi absolue, voire radicale, qui met un terme aux insuffisances et aux silences du passé et qui engage l'avenir d'une manière aussi nette.
Dans le passé, cette procédure s'était appliquée dans quelques cas (par exemple, l'interdiction des amines aromatiques dans les colorants), mais ces dossiers n'avaient pas l'envergure du dossier amiante.
En effet, peu d'incertitudes subsistent sur ce dossier. Il convenait donc de mettre en œuvre le principe de précaution.
Ce n'est plus l'époque de la politique du " wait and see " ou de la maxime " dans le doute, abstiens-toi ". Aujourd'hui, le politique doit prendre des décisions politiques dures sur des certitudes scientifiques molles.
C'est l'heure du " dans le doute, décide ".
Cette décision s'inscrit dans une nouvelle et plus juste approche scientifique, médicale et sociale, selon laquelle il n'est plus " politiquement correct " d'attendre ou de disposer de preuves absolument sûres et de connaissances surabondantes.
Elle inaugure le temps venu de prévoir les risques pour empêcher que les populations y soient exposées.
Certes, il n'y a pas de raison d'interdire toutes les substances à potentiel cancérogène.
En effet, une fois que le risque cancérogène pour un produit est identifié, l'absence d'interdiction n'a de sens que si l'on maîtrise ce risque, si l'on ne met pas ce cancérogène entre toutes les mains, ou si sa diffusion se fait sous des conditions strictes qui permettent une utilisation sécuritaire du produit.
Dans le cas de l'amiante, produit qui a été diffusé partout d'une manière insidieuse, on ne peut faire qu'un double constat : une incapacité à maîtriser son utilisation et sa diffusion et, bien qu'il soit difficile de l'éliminer, la recherche de produits de substitution pour le remplacer.
Après avoir analysé les arguments scientifiques en faveur de cette décision, montré l'échec de l'utilisation contrôlée de l'amiante dans notre pays, il conviendra d'analyser plus en détail et de manière politique la décision d'interdiction elle-même.
DE FORTS ARGUMENTS SCIENTIFIQUES
Avant de préciser les différentes pathologies provoquées par les amiantes et les nombreuses connaissances scientifiques qui se sont accumulées sur un matériau utilisé industriellement depuis plus d'un siècle, il convient de dire brièvement ce qu'est l'amiante. Il s'agit d'une roche métamorphique, à partir de laquelle on obtient, après traitement, des fibres qui ont été massivement utilisées en raison de leurs propriétés exceptionnelles. On a pu dire qu'il s'agissait d'un " magic mineral ".
Les différents amiantes utilisés sont classés en deux groupes :
A) le groupe des serpentines : il s'agit du chrysotile (ou amiante blanc), variété commerciale la plus utilisée ;
B) le groupe des amphiboles : il comprend des variétés qui ont été commercialisées : l'amosite (ou amiante brun) ainsi que la crocidolite (ou amiante bleu) et l'antophylite, et des variétés qui n'ont pas été commercialisées en tant que telles mais qui sont des contaminants naturels que l'on peut retrouver dans certains produits (comme le talc et la vermiculite) : il s'agit de la trémolite et de l'actinolite.